23 juin 2016. Conférence débat « Centrafrique : un destin volé Histoire d’une domination française »

 

à 20h15 à la Maison des associations de Chambéry

Conférence débat « Centrafrique : un destin volé Histoire d’une domination française » à Chambéry avec Yanis Thomas auteur du dossier noir du même nom (Agone, 192 pages, 11.00 €, paru 15/04/2016)

Qu’a fait la France en Centrafrique, son ancienne colonie ? Que fait-elle encore dans ce pays marginalisé d’Afrique centrale ? Quel y est le jeu des ingérences étrangères ? Pour quelles raisons économiques et diplomatiques ?
Des compagnies concessionnaires au sacre de Bokassa, des mutineries des années 1990 à l’assaut de l’armée française sur Birao en 2007, cet ouvrage revient sur ce qui a fait de la RCA un pays emblématique du système de la Françafrique. Il décrypte aussi les volontés d’influence et d’ingérence d’autres États, comme le Tchad, le Congo-Brazzaville ou l’Afrique du Sud, affinant l’analyse des crises successives qui ont secoué le pays ; et montre le rôle central des enjeux économiques, et notamment des ressources naturelles, dans les motivations des entités en lutte aux niveaux national comme international.

Ouvrier agricole et titulaire d’un master en économie internationale, Yanis Thomas est membre du comité éditorial de Billets d’Afrique, le journal mensuel de l’association Survie.

Présentation du livre

JPEG - 7.2 ko Le livre est donc dans toutes les bonnes librairies. Vous pouvez également le commander via la boutique en ligne de Survie

Résumé

Lorsque le 5 décembre 2013, François Hollande déclenche l’opération Sangaris en Centrafrique, il y a fort à parier que les français sont bien en peine de localiser ce pays sur la carte. Pourtant, la relation entre La France et la Centrafrique est des plus tragiques, et mériterait d’être mieux connu. C’est l’objet de ce nouveau Dossier Noir qui s’attache à mener une étude approfondie de l’action de la France et des Français dans ce pays marginalisé d’Afrique centrale.

Qu’a fait la France en Centrafrique, son ancienne colonie ?
Que fait-elle encore dans ce pays marginalisé d’Afrique centrale ?
Quel y est le jeu des ingérences étrangères ?
Pour quelles raisons économiques et diplomatiques ?

Ce livre explicite la dynamique historique et les raisons de la domination de la France sur son ancienne colonie. Des compagnies concessionnaires au sacre de Bokassa, des mutineries des années 1990 au saut de l’armée française sur Birao en 2007, l’auteur s’arrête sur les temps forts de ce qui fait de la RCA un pays emblématique du système de la Françafrique. Ce faisant, il décrypte aussi les volontés d’influence et d’ingérence en Centrafrique d’autres nations, comme le Tchad, le Congo-Brazzaville ou l’Afrique du Sud, permettant par là même d’affiner l’analyse des crises successives qui secouent le pays, et notamment celle qui déchire le pays depuis décembre 2012. Une attention particulière est par ailleurs mise sur la question des enjeux économiques, et notamment ceux concernant les ressources naturelles (diamants, pétrole, bois…), tant est grande son importance pour comprendre les motivations des entités en lutte, au niveau national comme au niveau international.


Entretien avec l’auteur

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

À la base, je n’ai pas d’affinité particulière avec la Centrafrique. Mon sujet d’étude est plutôt l’armée française et ses interventions militaires en Afrique. J’ai commencé à me pencher sur ce pays en décembre 2012, au moment où la Séléka, la rébellion qui renversera peu après François Bozizé (à la tête du pays depuis 2003), lance son offensive. De fil en aiguille, et en travaillant sur les raisons de l’émergence de cette énième rébellion, je me suis plongé dans l’histoire de la colonisation et de la néo-colonisation française dans ce pays. Et ce que j’en ai lu m’a profondément révolté. D’où l’idée de rappeler au public la réalité de l’action de la France dans cette contrée. À cela s’ajoute la volonté donner un éclairage sur les tenants et les aboutissants de la crise actuelle, et, là encore, sur la place de la France dans cette affaire.

Le livre effectue une importante remise en contexte historique. Pourquoi parler de « l’histoire d’une domination » ?

S’il s’agit d’une « histoire d’une domination », c’est parce que le but est de montrer comment la France a pesé de façon déterminante à chaque période clef de l’histoire centrafricaine contemporaine. L’approche historique me paraît essentielle car elle permet de rappeler et de cristalliser une analyse des événements. Face au flot médiatique, c’est une sorte de barrage mémoriel. D’une certaine façon, ce livre est une lutte contre l’oubli.

Ce pays est méconnu, pourtant tu as travaillé uniquement avec des sources ouvertes.

Effectivement, la Centrafrique est un pays plutôt méconnus des Français. C’est un pays peu touristique, à l’inverse de pays d’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal. La diaspora centrafricaine en France n’est pas non plus très importante, comme peut l’être la diaspora malienne, ce qui ne concourt pas à le faire mieux connaître. Je serais tenté de dire qu’il y a un certain désintérêt pour cette région. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’informations sur ce qui s’y passe. C’est juste qu’elles n’intéressent pas grand monde. C’est un des enjeux de ce livre : éveiller la curiosité du lecteur pour un pays marginalisé mais dans lequel la France a une influence particulièrement néfaste.

Il y a eu un soudain intérêt médiatique pour la Centrafrique avant l’intervention française. Quelle était la réalité du risque de « génocide » brandie par les autorités françaises ?

C’est un classique : avant toute intervention militaire française, il est nécessaire de préparer nos concitoyens à une telle intervention. Il s’agit de gagner les cœurs et les esprits, afin de susciter l’approbation du public. Dans cette dynamique, tous les moyens sont bons. On se souvient comment George W. Bush avait construit sa propagande sur les armes de destruction massive avant d’intervenir en Irak en 2003. Dans le cas qui nous concerne, a été mis en avant l’idée d’un risque de génocide, notamment par Laurent Fabius, le ministre français des Affaires Étrangères, en novembre 2013. Ce qui est intéressant, c’est que celui-ci ne précise à aucun moment un génocide de qui contre qui… En réalité, il s’agit d’une situation de guerre civile, mais c’est moins vendeur que « génocide » sur le marché de l’indignation.

Il a aussi été question de « conflit inter-religieux ». Qu’en était-il réellement ? Quels étaient les enjeux réels de la crise ?

À mon sens, le fait religieux n’est pas à la base du conflit. On n’est pas dans la situation du nord du Mali, avec une déstabilisation du pays par des groupes armés se réclamant d’un islam rigoriste et violent. Concrètement, la Séléka composée de Centrafricains du nord-est du pays, de Tchadiens et de Soudanais, majoritairement d’obédience musulmane, s’en prennent principalement lors de leur prise du pouvoir et par la suite, aux populations du sud et de l’ouest du pays, considérées comme chrétiennes. Les milices villageoises d’autodéfense et les anciens soldats de l’armée centrafricaine restés fidèles à Bozizé, regroupés sous le terme « d’anti-balaka », qui s’opposent à la rébellion, sont aussi présentés comme chrétiennes et s’attaquent principalement aux membres de la communauté musulmane. Ce qui amène à une présentation réductrice du conflit en une lutte interconfessionnelle, occultant au passage ses aspects sociaux-économiques. En réalité, les enjeux liés à la crise sont de deux ordres : politique et économique. Au niveau politique, il y a une volonté du Tchad, allié au Soudan, de renverser le régime de François Bozizé, avec, au moins, le consentement tacite de la France. Au niveau économique, se pose la question de l’exploitation des ressources naturelles présentes en Centrafrique. Le diamant bien sur, mais aussi le bois et surtout le pétrole. En effet, le nord de la Centrafrique recèlerait des gisements d’hydrocarbures, lesquels seraient connectés aux zones pétrolifères mises en exploitation du coté tchadien de la frontière. Toute exploitation de cette ressource en Centrafrique pourrait réduire d’autant les réserves disponibles au Tchad…

En quoi a consisté l’intervention française ? A-t-elle au moins fait baisser le niveau de violence ?

L’opération française Sangaris, lancée début décembre 2013 se veut une opération coup de poing, dans le style des opérations françaises historiques : le déploiement d’une poignée de parachutistes devait ramener le calme dans le pays. Or, son lancement est concomitant avec une offensive coordonnée des milices anti-balaka, fidèles à François Bozizé, le président déchu, sur Bangui le 5 décembre. La situation est particulièrement explosive. La première action de ce corps expéditionnaire français est de désarmer et de cantonner les membres de la Séléka. Ce faisant, il va donner un net avantage aux milices anti-balaka, qui vont d’autant plus s’en prendre à la communauté musulmane, assimilé à la Séléka. Donc, bien loin de diminuer, le niveau de violence va sensiblement augmenter à la suite du déploiement français. Et ce qui était prévu pour être une opération de courte durée va se transformer en un bourbier.

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